Chroniques à Vélo:

Publi le mardi 14 septembre 2004

Mardi 14 septembre 2004
Une passe dans ma tête

 

Cinq !

Première fois cette année que nous nous retrouvons cinq pour grimper la montagne.

 

Je les ai vues jaillir à la descente de l’auto ! Deux paires de quatre. Huit ! En fait. Sculpturaux ! Définis ! Dès que mes yeux se sont posé sur les quadriceps de J-F, j’ai pris 15 livres. Ma bouche s’est immédiatement fermée. Incapable d’annoncer que je suis, à ce moment, à cette vue, devenu balaise, que j’ai, à ce moment précis, sans prévenir, les grosses jambes, que je suis collé…

 

Il faut que je dise une connerie… Je ne peux me laisser envahir… par la défaite. Dans ma tête, une petite équation se dessine. 

 

La musculature + le VO2max très élevé de J-F = capacité qu’il me fasse mal.

 

Et si je prenais la tête ?

 

Je serais le premier des cinq. J’imposerais mon rythme. Je deviendrais le Daïla Lama du Mont-Chauve. Il faut leur laisser l’impression que je suis en plein contrôle de mes moyens, de ma capacité physique au cours de 12 prochains kilomètres. Que chacun de mes pas guideront, vers le sommet, mes quatre partenaires.

 

C’est plutôt Paul, le fidèle, qui prend la tête. Philippe, la bête et Robert, le géant à la voix caverneuse le suivent.  Je m’insère entre les deux laissant la dernière place à J-F . Tout coureur sait que le dernier a plus de chance de faire l’élastique. De travailler plus fort pour suivre le groupe, de réagir plus tard à une accélération après avoir été ralenti au franchissement d’un obstacle.

 

L’entrée de la piste nous attend de l’autre côté de la 220. Instinctivement, la file indienne s’installe. La rosée de la matinée est encore fraîche sur les arbustes et l’herbe. La piste est sèche et large. Le soleil perce les feuillages. Une odeur, comme à chaque sortie en montagne, s’élève, s’infiltre en nous. La mémoire du nez s’efface. Tout est renouveau. L’esprit s’évade aux premières sueurs. L’effort apaise la crainte. La peur s’éjecte à chaque respiration.

 

Puis s’installe, au rythme du cœur, une douceur. Une douceur qui vient, qui reste et qui passe dans ma tête. Une douceur qui illumine. Bizarrement, je crois que c’est le bonheur qui s’installe sur ma tête. Ma tête se libère et laisse mon esprit franchir, seul, sans aide, la passe qui s’est créée dans ma tête.




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