| Chroniques à Vélo: |
Publi le samedi 23 février 2008Samedi 23 février 2008
Le chemin laissait deviner ses courbes. La montagne, dans son réveil matinal, cherchait le soleil à travers les altostratus. Sous son ombre, la neige, froide et cristalline, reluisait sous le vent. Chaque pas du vent soulevait quelques flocons vers l'éternité. Les spatules de mes skis, elles, freinaient, à l'occasion, l'élan de liberté de cette poudreuse. Ce matin, je décidai d'aller skier. La séquence est simple ; réveiller les enfants, préparer leur repas, mettre l'équipement dans la valise et chasser quelques réflexions. À jeun, les mains gantées, les skis parallèles et les écouteurs sur les oreilles, je foulai les premiers mètres balisés du sentier du Parc du Mont-Orford. Sans bruit, afin de ne pas réveiller la forêt, je sélectionnai la première des 13 chansons de mon Ipod. « Papa, pourquoi Lise n'est-elle plus l'amoureuse de Robert ? » C'est la réverbération d'une de réflexion matinale qui m'est revenue juste avant le sentier no 3. Hier, au souper, mon dernier m'a posé cette question. Pourquoi appelle-t-on « restes », les restants de repas que nous conservons au frigo pour les « au cas où » ou les « on ne peut pas jeter ça, c'est… » ? C'est ce qui m'est venu à l'esprit tout de suite après qu'il a fini de poser sa question. Même si, pour moi, les « restes » sont économiques en temps, en argent et diminuent le temps de préparation de repas et la vaisselle à faire. J'imagine mal mon garçon, à 17 ans, expliquant à sa copine pourquoi il la laisse. — Notre amour, c'est un peu comme un reste de repas dans le frigo. C'était bon la première fois, mais une fois dans un plat hermétique, qui conserve les odeurs et que l'on oublie après deux semaines, un moment donné, il faut faire quelque chose avec ? Donc, ce matin, c'est sur mes skis que je trouverai la réponse. L'explication. Les Y tracés sur le corduroy s'accumulent. Le long sifflement du ski réveille, à chaque glissement, le crépitement de la neige endormie. Le vent gonfle la neige des arbres et forme des mirages. Est-ce sa première perception de l'amour ? Est-ce une perception injuste de l'amour ? Une perception incompréhensible de l'incompréhension de l'amour ? Le vent continue à gonfler la neige des arbres et forme de nouveaux mirages. Dédé Fortin chante Je vais recommencer le monde, je vais faire de quoi de beau. Comment expliquer à un enfant de 6 ans — pourquoi l'amour se termine ? Le vent gonfle la neige et forme un dernier mirage. Croissants, amandines, thé et muffins aux fruits. Peut-être pas la meilleure réponse ? Mais sûrement le meilleur déjeuner. Bon appétit ! |
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