Chroniques à Vélo:

Publié le lundi 17 mars 2008

Lundi 17 mars 2008
Les sentinelles
Elles sont immobiles. Distantes. Mais la distance entre elles n'est pas identique. Le soleil brille. Aucune ombre n'apparaît. Midi est dans quelques heures pourtant. Ma respiration berce le temps. Un rythme, plusieurs souffles. Ces sentinelles, au loin, armes à la main, attendent. Les volutes de leur respiration, hautes perchées, déchirent le bleu, déchirent le ciel. Leurs bottes, fixes, ne peuvent dissimuler les mouvements des pieds. Étendue glacée, profondeur du son. Me voilà au pied de l'autel. Mes sens, assis sur les lèvres de cette église hivernale, glissent et roulent. Le cristal de la neige éclate, les portes de l'église s'ouvrent. Elles sont là, devant moi. Curieusement, la distance, entre ces sentinelles et moi, semble toujours immobile, malgré l'avancement de mes efforts. À vitesse régulière, rien à faire, je m'éloigne de ce sacerdoce. Je peux encore et toujours distinguer leurs vêtements, disparates. J'aperçois leurs têtes baissées comme avant la communion. L'espoir, dans l'œil mi-clos de la plus petite sentinelle, comme l'homélie, semble long et ennuyeux. La plus grande sentinelle murmure le silence. La dernière sentinelle, de son arme, disperse le cristal qui s'accumule à ses pieds. De ma chaire, j'exorcise, je conjure le temps de continuer à bercer le vent et à le garder endormi. Mes yeux effacent, à chaque clignement des paupières, une distance inégale de la route zébrée sur laquelle je progresse. Je garde ma distance. Seulement, mes yeux, rapidement, franchissent la distance entre les sentinelles et moi. Leurs regards me laissent croire que je suis le pécheur. Devant leur trou, malgré leur brimbale, aucun poisson. Ces trois pêcheurs, toujours immobiles, me pardonnent. Les pneus de mon vélo sur les traces fraîches d'une motoneige ne sont pas la cause de cette sortie bredouille sur ce lac gelé. En franchissant, vers la sortie, les portes de cette église gelée, le soleil est venu déposer une ombre à mes pieds. En me retournant, les sentinelles avaient disparu et le vent soulevait mon bonheur déposé sur chacun des bancs d'église. Le Memphrémagog s’est rendormi.


Lundi 17 mars 2008
L'espace d'une mémoire
Cette nuit, je me suis endormi avec le deuxième orteil du pied gauche entre le premier et le deuxième orteil du pied droit. Comme si j'avais besoin de créer un espace dans mon sommeil. En matinée, j'ai posé mes métatarses sur les surfaces enneigées du parc du Mont-Orford. Comme si j'avais besoin de croire à un espace. À mon espace. C'est sur les pistes du parc avec en-tête, non pas les deux titres du journal du matin : « Des villages en sursis — L'importance d'occuper le territoire » et « Tibet, calme et malaise. La chine resserre l'étau » que je suis allé skier avec Paul, mais bien les lignes du commentaire lu la veille sur les pages de mon carnet (http://teteavelo.monblogue.branchez-vous.com/2005/07/12#107213_1822849) sous le titre — La renaissance — publié le 12 juillet 2005. L'espace, que nous avions, était de deux heures 30. Le temps était nuageux et doux. La neige, légèrement glacée, laissait tout l'espace à une excellente glisse. Et les souvenirs sont venus combler l'espace. Aux premiers pas, je ne me demandais plus si le Tibet devait poursuivre ses manifestations? Ni pourquoi il devait se battre, quand il possède autant d'espace. Non ! En cette préparation de la prochaine saison de vélo, je rappelai à Paul nos débuts à vélo, il y a quelques années déjà. Été 91. Mario vient confirmer la rumeur voulant que la seule boutique de vélo en ville ait engagé un mécano. Pas n'importe quel mécano. Un cycliste-mécano. Un pro. Un coureur. Tous nos espoirs de voir enfin quelqu'un nous instruire sur le vélo seraient-ils arrivés ? Un Français ? Non ! Nous dit-il ! Italien ! Le ton frondeur, l'assurance d'un ami de longue date, l'humour, où chaque courbe des mots à l'accent italien, soulève les rires, l'invitation tombe. — Ce soir, 17 heures. On roule. Je vous attends devant la boutique. Première sortie, premières minutes d'une longue amitié. À coup de claques derrière le casque, de sacre québécois et surtout de rire, il nous enseignait le vélo. Chacun de nous, avons appris à rouler, à courir, à grimper, à sprinter, à s'alimenter. Que ce soit sur des Di Marco ou autres bécanes, il a été notre Guru. Les crevettes, c'est comme cela qu'il appelait mes enfants, aimaient, même si tous les jours nous nous appelions, le voir, l'entendre parler, casser la croûte avec lui et Lyne. Depuis, il partage encore notre vie à chaque sortie à vélo. Nous roulons encore avec lui dans la côte des serres sur le chemin d'Austin. Nos entraînements « Tour de France » lui sont toujours dédiés malgré l'intensité démesurée de cet effort. Chaque camion-benne cache, derrière, Marco sprintant pour arriver premier aux feux de circulation. Nos débuts de saison débutent toujours à la Nurchi. Il y a le retour à Magog par la 112 qui garde la marque de Marco. Chacun, à sa manière, cherche sa manifestation dans l'espace. Nous, pendant plusieurs kilomètres, l'été, à vélo, laissons les souvenirs laissés par Marco recouvrir ces espaces.



1 Commentaire :

Commentaire écrit le mardi 19 août 2008 à 15:10:19 (lien)
michèle NURCHI
Je suis tombée par hasard sur chroniques à vélo et l'article du 17/3/08 " l'espace d'une mémoire"
grosse émotion quand j' ai vu que vous parliez de mon fils Marco Nurchi décédé à Ste julie le 31/5/03..en plus je me rends au canada le 24 de ce mois un peu pou lui rendre hommage..merci à vous d'encore vous en souvenir..
Michèle Nurchi



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